CHRONOSPEDIA à Versailles

Reconstruction de l’horloge Louis XV

Comme le décrit en octobre 2021 Le parisien[1], Bernard Draux, l’horloger de la Ville de Versailles, découvre un amas de pièces de fonte qui était resté agglutiné dans un coin d’un garage inoccupé, à quelques centaines de mètres de l’hôtel de ville. Il l’identifie comme des pièces appartenant à l’horloge commandée par Louis XV et il surgit l’idée de sa reconstitution sans avoir la certitude que le jeu des pièces soit complet.
Cette opération est devenue possible à partir de 2025 quand François Simon-Fustier, maitre d’art en horlogerie et porteur du projet CHRONOSPEDIA[2] découvre également cette horloge. 

Un amas de ferraille dans un garage – horloge de Louis XV ; François Simon Fustier et Bernard Draux en mai 2025 discutent la possibilité de reconstitution de l’horloge ; l’avant du cylindre de mouvement avec l’inscription du constructeur et aussi celle de la modification de l’horloge en 1848

Grâce au large réseau des partenaires de CHRONOSPEDIA, on a pu mettre en place une collaboration entre la Ville de Versailles, le Campus des Métiers[3], Lycée Polyvalent Diderot de des métiers de l’ingénierie industrielle et de l’horlogerie[4], ainsi que du laboratoire 3D Experience Lab de Dassault Systèmes[5]. Le projet de modélisation a été soutenue par la DRAC de l’Ile de France dans le cadre du Programme de numérisation et de valorisation des contenus culturels (PNV). 

Voir le modèle 3D de l'horloge

Les pièces de l’horloge ont été transportées au Lycée Diderot et, après un long travail sous la direction de professeur Michel Boulanger et de l’ingénieur en charge de 3D au sein de CHRONOSPEDIA Laurent Poirot, cette horloge a été reconstituée et modélisée. Ce travail a nécessité une organisation assez importante dont on peut voir quelques vidéos sur Youtube faites par Futura et financées par service de Communication de Dassault Systèmes :

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L'horloge de Louis XV reconstituée a été présentée au public lors des Journée du Patrimoine en septembre 2026. A terme, cette horloge sera exposée au Musée Japy à Beaucourt.

 

L'horloge Louis XV présentée aux Journées européennes du patrimoine 2026

Ce projet fut un succès. On n’a pas seulement réussi de reconstituer l’horloge mais on a également créé son modèle en 3D avec le logiciel SolidWorks de Dassault Systèmes. L’horloge ainsi reconstituée sera présentée pendant plusieurs mois, à partir du 18 septembre – lors des journées du patrimoines, aux habitants et aux visiteurs de la ville de Versailles. Malheureusement, la manque des surfaces disponibles pour l’exposition des objets historiques ne permets pas à la ville de Versailles d’envisager une exposition plus longue et on cherche une possibilité d’exposer cette horloge, ainsi que deux autres horloges historiques versaillaises, au large public et aux amateurs d’horlogerie ancienne. La création d’un modèle en 3D permet d’envisager plusieurs possibilités de sa valorisation numérique future, habituellement utilisées dans le cadre des projets portées par CHRONOSPEDIA : film qui peut expliquer son fonctionnement, sa présentation sous forme d’une visionneuse sur le site web, application pour les lunettes 3D, etc. Ce travail de valorisation avec les outils modernes pourrait être accompagné par les recherches historiques supplémentaires qui peuvent être menées par les membres de l’Association Française des Amateurs d’Horlogerie Ancienne (AFAHA)[6].

Horloge de Louis XV de l’Église Notre Dame de Versailles rassemblée en juillet 2026 au Lycée Diderot à Paris ; son modèle en 3D

Nous avons pu également scanner deux autres horloges de Versailles en utilisant un scanner 3D portable Handyscan Evo Elite de la marque Creaform.
https://www.3dlocations.fr/produits/applications/numerisation-3d-dhorloges-dedifice-du-xix%e1%b5%89-siecle-a-versailles/

Quelques éléments historiques l’horloge de Louis XV

A ce stade, nous ne disposons que des données partielles sur l’histoire de l’horloge. Elle était installée à l’Église Notre Dame de Versailles[7] qui est une église paroissiale située rue de la Paroisse, dans le quartier Notre-Dame, à Versailles (Yvelines). Elle est notamment la paroisse du château de Versailles et les actes de batêmes, de mariages et de décès de la famille royale de France à Versailles y étaient donc enregistrés dans les registres paroissiaux. 

Quelques éléments historiques sur l’horloge sont donnés par Joseph-Adrien Le Roi dans « Histoire anecdotique des rues, places et avenues de Versailles depuis l’origine de cette ville jusqu’à nos jours », parue en 1854 (deuxième édition 1861) et accessible sur sites[8]. Voici un extrait qui concerne l’histoire de cette horloge :
« La position de l’église Notre-Dame, comme paroisse de la cour, donnait au conseil de fabrique de nombreuses occupations, et l’on voit, en parcourant le registre de ses délibérations, que la charge de marguillier était loin alors d’être une sinécure. Mais de toutes les affaires traitées par ce conseil, aucune ne lui donna plus de tourments que celle de l’établissement de l’horloge.

En 1762, les marguilliers eurent l’idée de faire placer cette horloge, dont l’immense cadran, avec ses ornements de mauvais goût, cache une grande partie de la croisée de la façade. Idée malheureuse et qui leur causa bien des tribulations. Le 15 juillet de cette année, un plan est présenté, les devis arrêtés, et, le 4 août, le sieur Nicolas-Ignace Colette, horloger, est chargé de sa construction. Près d’une année s’écoule, et, le 8 juin 1763, l’horloger Colette prétend que des aiguilles en fer seraient préférables à celles de cuivre dont on était convenu d’abord, parce qu’elles seraient moins lourdes et moins chères. Délibération de la fabrique qui se rend aux observations de Colette. Cependant celui-ci, peu sûr de son affaire, consulte, dans l’intervalle, des horlogers plus expérimentés. Ils lui font observer que les aiguilles de cuivre pourront être allégies autant qu’on le voudra, tandis que celles de fer, pour être solides, seront d’un poids trop considérable, et que d’ailleurs elles auront l’inconvénient d’être sujettes à la rouille. De là, nouvelle proposition de Colette et nouvelle délibération de la fabrique.


Enfin l’horloge est terminée, et quatre experts, horlogers de Paris, se réunissent le 20 février 1764, pour procéder à son estimation. Après en avoir mûrement et gravement délibéré, les experts concluent à ce que la fabrique soit tenue de payer à Colette, pour la confection de son horloge, la somme de trente-trois mille deux cent dix-neuf livres[9], et cinq cent livres pour son entretien chaque année. Effrayés d’une pareille somme à débourser, les marguilliers désirent un plus ample informé, et remettent à plus tard l’adoption du chiffre posé par les experts, qui reçoivent 924 livres pour leur déplacement. Mais, ce chef-d’œuvre du sieur Colette ne marchait qu’à grand-peine, et dès les premiers mois de son existence on se plaignait de son peu de régularité. La fabrique, se basant alors sur son imperfection reconnue et constatée, et considérant le prix d’estimation comme exorbitant, ne voulut point payer Colette, et en appela au bailliage de Versailles pour juger la contestation. L’arrêt de ce tribunal lui fut en effet favorable et renvoya les parties devant d’autres experts.
Colette ne se tint pas pour battu. Il interjeta appel de ce jugement devant le parlement de Paris, qui rendit, le 9 mars 1765, un arrêt par lequel le curé et les marguilliers sont condamnés à payer au sieur Colette la somme de trente-trois mille deux cent dix-neuf livres, à laquelle ladite horloge a été estimée par le rapport des experts, ensemble les intérêts de ladite somme, et cinq cents livres d’appointements par année, pendant la vie dudit Colette, pour l’entretien de ladite horloge, à compter du dernier décembre 1763, avec commandement de payer la somme de trente-trois mille deux cent dix-neuf livres en deniers ou quittances, les intérêts qui en sont échus, et la somme de cinq cents livres pour l’année échue le dernier décembre dernier, des appointements à lui adjugés.
Armé de ce jugement, Colette menaça la fabrique de lui faire supporter d’énormes frais s’il n’était pas exécuté de suite. Les marguilliers étaient fort embarrassés, car les fonds du Trésor étaient loin de pouvoir s’élever à cette somme, et ils craignaient que Colette n’exécutât ses menaces. Dans cette extrémité et pour terminer cette malheureuse affaire, ils furent obligés d’emprunter vingt-quatre mille livres sur les biens de l’église.
Mais la pauvre fabrique n’était pas au bout de ses tribulations ; elle avait bien pour ses 33,219 livres une horloge et son cadran, mais elle n’avait pas de sonnerie, car Colette ne s’était chargé que du mécanisme. On fut donc obligé de passer un nouveau marché avec un fondeur de Paris, le sieur Michel-Philippe Després, qui se chargea de fournir trois timbres de dimensions différentes pour sonner les heures, les demies et les quarts ; à raison de 8,000 liv., ce qui, ajouté aux 33,219 livres, formait une somme ronde de 41,219 livres, sans compter les intérêts et l’entretien.
Colette était payé, mais son horloge n’en marchait pas mieux pour cela. Les marguilliers s’en plaignaient d’autant plus vivement qu’ils avaient été ses dupes. Fatigué de la lutte qu’il était obligé de soutenir tous les jours, et probablement satisfait du bénéfice qu’il avait retiré de son œuvre, il abandonna la ville l’année suivante. La fabrique s’empressa de faire constater son absence, et, par arrêt du bailli de Versailles, fut déclarée déchargée de payer les 500 livres qu’elle était forcée de donner annuellement.
On mit, pour le remplacer, un autre horloger de Versailles, nommé Villebar[10], auquel on n’alloua que 200 livres par an. Les réparations que ce nouvel arrangeur fit encore au mécanisme entraînèrent la pauvre fabrique dans d’autres dépenses. L’horloge n’en allait pas mieux, car Villebar, probablement ennuyé d’y aller tous les jours, envoyait, pour le remplacer, des enfants occupés, la plupart du temps, à tout autre chose qu’à remonter la malencontreuse horloge. Cela était même porté si loin, que la fabrique fut forcée, en 1771, de renvoyer Villebar, et de nommer à sa place le sieur Deshayes[11] qui conserva cet emploi pendant de longues années. »

Concernant horloger « Villebar », comme le précise la brochure « Au services de la Cour. Artisans, savoir-faire et excellence à Versailles aux XVII et XVIII siècles » publiée par le Centre de recherche du château de Versailles en 2026[12]: « Claude Vilbar, fut garçon horloger en 1741, horloger de Madame Adélaïde en 1767 puis horloger du Domaine durant la jeunesse de son neveu. Il prit officiellement le titre d’horloger du Domaine en 1773, après que Pierre-François Juhel eut été jugé « indigne de sa place par sa mauvaise conduite ». Vilbar devint par la suite valet de chambre-horloger de Marie-Antoinette, à la mort de Jean-Baptiste Baillon en 1772, et exerça cette fonction jusqu’aux environs de 1786. Il était chargé de l’entretien des horloges de Versailles, de Marly et de Trianon jusqu’à son décès en 1786, date à laquelle son neveu Jean-Baptiste-Claude Sicot Dujardin lui succéda ».

L’horloge était réparée en 1848 par Jacquet comme le décrit le devis produit par l’horloger :

 

Le devis de restauration de l’horloge fait par horloger Jacquet en 1848 (document des archives communales de Versailles)

L’horloge installée en 1763, soit 80 ans après l’ouverture au culte de la paroisse Notre-Dame, a fonctionné jusqu’en 1954. Elle a été remplacée en 1955 par celle de Charvet-Delorme.
Comme le précise le bulletin municipal du 15 mars 1955 sur la page 11, on constate les limites de l’utilisation de l’horloge historique : mécanisme vétuste, local dangereux. Le démontage a impliqué d’importants travaux de maçonnerie, charpente, menuiserie.
Pour la remplacer un mécanisme existant a été découvert à Lyon dans un édifice culturel sinistré et a été adapté ce qui s’est avéré beaucoup plus économique. 
Il a entièrement été remonté et remis en état par les ateliers municipaux. On a opté pour la vénérable horloge à poids mais qui a été adaptée avec un remontage électrique automatique qui auparavant se faisait toutes les 48h. Avec le nouveau système on est passé au remontage tous les 10 jours. Les 3 poids rondelle de plomb de 1000 kg chacune ont été fondues dans les ateliers de la ville.
Adaptation de l’horloge de Lyon réalisée en un temps record et permis d’économiser de 2 millions de francs[13]. »
 

Références

[1] https://www.leparisien.fr/yvelines-78/versailles-le-tas-de-ferraille-abandonne-cachait-lhorloge-royale-datant-de-1763-18-10-2021-2KBGGZSEMBBD3OC3X4ZERZWSVY.php

[2] CHRONOSPEDIA est un projet de création d’une encyclopédie virtuelle de savoir-faire horloger qui utilise largement les méthodes modernes (3D, réalité virtuelle, …) pour visualiser les objets mécaniques et leur fonctionnement https://chronospedia.com/s/chronospedia/page/home

[3] https://campusversailles.fr/campus-versailles/

[4] https://pia.ac-paris.fr/serail/jcms/s2_2938270/fr/lycee-polyvalent-diderot-lycee-des-metiers-de-l-ingenierie-industrielle-et-de-l-horlogerie

[5] https://www.3ds.com/fr/3dexperiencelab

[6] https://afaha.com/ 

[7] https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_Notre-Dame_de_Versailles

[8] https://archive.org/details/histoiredeversai01lero/page/n7/mode/2up ou https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6568871c.texteImage

[9] Cette somme correspondrait aujourd’hui à près de 400 000 euros https://convertisseur-monnaie-ancienne.fr/

[10] S. Vilbar était un horloger actif à Versailles, rue de l’Orangerie. « Horloger de madame la Dauphine » le 30 mai 1772. « Horloger de la Reine » en 1777. Il est mort en 1786 ; voir https://catalog.antiquorum.swiss/en/lots/gribelin-and-vilbar-versailles-lot-331-45

[11] Un horloger qui signait « Deshays à Paris », Deshays fut un brillant artisan et inventeur et est mentionné dans Tardy pour sa participation à l’Exposition des Produits de l’Industrie française de 1827 au cours de laquelle l’horloger présenta notamment un chronomètre à échappement à manivelle (Tardy, Dictionnaire des horlogers français, Paris, 1971, p.181). Voir : https://www.lapendulerie.com/artistes/deshays/

[12] https://chateauversailles-recherche.fr/IMG/pdf/brochure_metiers_de_la_cour_vf.pdf

[13] Selon le convertisseur https://leparticulier.lefigaro.fr/jcms/c_113077/argent/la-valeur-des-euros-en-francs-20221221 cette somme serait proche de 50 000 € aujourd’hui